ALBERT CAMUS EN TOUTES LETTRES

Conférence du vendredi 3 mars 2023 à l’Institut Municipal par Anne Prouteau de l’Université Catholique de l’Ouest (Angers)

Anne Prouteau, maître de conférences en littérature française, préside la société des études camusiennes. Sa thèse a été publiée sous le titre Albert Camus ou le présent impérissable (Orizons 2008) et a été suivie de bien d’autres publications.  La chercheuse angevine nous a livré une lecture introspective des lettres de son auteur de prédilection.        

Introduction

Si la littérature est au cœur de l’existence de Camus, il n’a pas pour autant négligé cette autre forme de texte que constitue la lettre. Cette abondante correspondance éclaire des faits de la vie de Camus, mais aussi des manières de penser, de réagir, au plus près de ce qu’il est, puisqu’il se sent en confiance. A des titres divers, les lettres de Camus nous font mieux connaître l’homme, l’artiste, le penseur.

La Pratique épistolaire

Un premier temps était réservé à sa pratique épistolaire, « pudique mais avec un désir authentique de communication ». Durant sa courte vie (1913-1960), Albert Camus a écrit de nombreuses lettres. Certaines adressées à ses maîtres à penser, comme son ancien professeur de philosophie et écrivain Jean Grenier (un long dialogue entre 1932 et 1960) et son ancien instituteur Louis Germain (lettre unique à son premier maître, de remerciement après l’obtention du prix Nobel de littérature en 1957). D’autres à des hommes de lettres comme son ami le poète René Char (quelques 200 missives échangées entre 1946 et 1959), à des amis algériens comme les Bénisti (1934-1958) et à ses conquêtes amoureuses, principalement à la comédienne Maria Casarès, entre 1944 et 1959.

Quelle relation avec les Carnets ?

Au-delà du caractère littéraire des lettres, il convient d’établir un lien entre la correspondance et l’œuvre. Le deuxième volet de la conférence a mis en regard la correspondance avec les trois volumes des Carnets . Ceux-ci correspondent à un journal de création, alors que l’ensemble épistolaire se rapprocherait plutôt d’un journal intime. La correspondance est davantage « un souterrain de l’œuvre » et présente une dimension exogénétique, tandis que les Carnets en offrent une approche endogénétique, avec parfois des avant-textes. Ce couple littéraire, indispensable pour comprendre la personnalité et l’œuvre, permet de révéler des pans de l’âme de Camus.

Les nouveaux projets de recherche d’Anne Prouteau

Le premier projet, destiné à la Société des études camusiennes, est consacré à un épisode de la vie de Camus rarement évoqué, qui concerne les séjours effectués entre 1942 et 1952, pour soigner sa tuberculose, dans la petite ville de cure de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Camus n’a donc pas pu ignorer, en 1942, le rôle de refuge de cette ville pour les Juifs persécutés. Camus y a écrit la première version de La Peste.

La deuxième publication attendue, Camus et les chrétiens, couvre des lettres écrites entre 1941 à 1959, adressées à Mauriac, à Bernanos, à son ami le père Bruckberger, aumônier de la résistance, à d’autres pères de l’église.

Anne Prouteau a rappelé le colloque, Albert Camus et les vertiges du sacré, coorganisé par l’UCO et l’Université d’Angers en 2016.

https://www.etudes-camusiennes.fr/evenement/colloque-albert-camus-et-les-vertiges-du-sacre/

En conclusion, la conférencière, que nous remercions chaleureusement, a invité à une relecture des œuvres de l’auteur, sans se limiter à la correspondance, évidemment.

ANNE PROUTEAU   

Après sa thèse de doctorat de littérature française intitulée Albert Camus ou le présent impérissable (Orizons, collection Domaine Littéraire, 2009), Anne Prouteau a consacré trois ouvrages au récipiendaire du Prix Nobel de littérature :

  • Lire les carnets d’Albert Camus , en collaboration avec Agnès Spiquel (Éditions Septentrion, 2012)
  • Camus l’artiste, en collaboration avec Sophie Bastien et Agnès Spiquel (PUR, 2015)
  • Albert Camus ou les vestiges du sacré , en collaboration avec Carole Auroy Presses universitaires de Rennes, 2019)

La spécialiste camusienne, https://recherche.uco.fr/chercheur/anne-prouteau, fait partie de l’équipe de recherche CHUS – centre de recherche Humanités et Sociétés – de l’UCO, https://recherche.uco.fr/equipe/chus, ainsi que du laboratoire public CIRPaLL, Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les Patrimoines en Lettres et Langues sous la tutelle de l’université d’Angers https://recherche.uco.fr/laboratoire/cirpall.

En savoir plus :

Ecouter le podcast d’une série de 5 émissions de France Culture en novembre 2022 : Les Exilés du soleil   

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-exiles-du-soleil-correspondance-entre-albert-camus-et-maria-casares